Une grande amie du protestantisme et de notre communauté de Saintes-sud-Saintonge nous a quitté

 

Admise en urgence à l’hôpital Tenon, à Paris, le 13 juillet, Louise Merzeau y est décédée le 15 juillet d’une pancréatite aigue. Brillante universitaire voici ce qu’en a écrit Madame Christine Genin, de la Bibliothèque Nationale de France :

Hommage à Louise Merzeau

C’est avec une grande tristesse que nous avons appris la disparition brutale de Louise Merzeau, le 15 juillet dernier, à l’âge de 53 ans.

 

 

Louise Merzeau – photo issue de son site merzeau.net

 

Ancienne élève de l’École normale supérieure de Saint-Cloud et agrégée de lettres modernes, elle soutient en 1993 sous la direction de Nicole Boulestreau une thèse de doctorat intitulée « Du scripturaire à l’indiciel : texte, photographie, document » et en 2011 son habilitation à diriger des recherches porte sur le concept de mémoire à l’ère du numérique. À partir de 1994, elle enseigne à l’université de Nanterre, où elle est la directrice adjointe du laboratoire de recherche Dicen-IDF et co-pilote le thème « Éditorialisation, documentarisation, traçabilité »Elle a été nommée professeure en Information-Communication en juin 2016.

D’inspiration médiologique, ses travaux portent sur les rapports entre technique et culture, et plus particulièrement sur les vecteurs (technologiques, institutionnels et sociétaux) de la mémoire. Elle utilise en particulier le concept d’hypersphère – terme forgé pour prolonger la liste des médiasphères initialement proposées par Régis Debray – pour décrire l’écosystème socio-technique lié au développement d’internet. Elle a également été rédactrice en chef des Cahiers de médiologie , revue dirigée par Régis Debray, de 1998 à 2004, et a codirigé en 2001 le volume Mémoire et Médias.

Parallèlement à cette riche production scientifique, Louise Merzeau mène une activité de création photographique et numérique que l’on peut retrouver sur son site personnel ou dans le recueil de photographies précédées d’un entretien avec Jean Baudrillard Au jour le jour  (Descartes & Cie, 2004).

Comme scientifique mais aussi comme artiste, elle a beaucoup travaillé sur la notion de trace. Après la photographie et les hypermédias, ses recherches se focalisent sur la question des traces et de l’identité numériques. Elle analyse les usages et les conditions d’une culture numérique et les enjeux d’une digital literacy, c’est-à-dire d’un savoir-lire-et-écrire en ligne.  La « mémoire partagée » – c’est le titre de l’article qu’elle a rédigé pour le Dictionnaire des biens communs à paraître aux PUF en août – représente une forme archétypale de commun : opérateur d’intelligibilité autant que de transformation, le partage mémoriel porte des enjeux de connaissance ou de reconnaissance qui se concentrent dans la collecte et l’éditorialisation des traces.

Louise Merzeau est, de fait, engagée et militante sur la question des biens communs et de la connaissance libre. Elle fait partie du collectif SavoirsCOM1  et ouvre le premier Master sur le sujet, avec l’axe « Biens communs numériques »  du Master « Industries culturelles et environnement numérique » de l’Université Paris Ouest. En mars 2015, elle dirige avec Lionel Barbe et Valérie Schafer la publication de Wikipédia, objet scientifique non identifié  que l’on peut lire en ligne. Membre du conseil scientifique de Wikimédia France  depuis 2015, elle avait été cooptée membre du conseil d’administration en mai 2017.

Son intérêt pour la mémoire et les traces l’a aussi tout naturellement conduite à s’intéresser à l’archivage du web. Elle assurait le pilotage scientifique des Ateliers du dépôt légal du Web de l’INA depuis 2010, était membre du projet Archives et attentats en ligne et de l’équipe Web 90.
Nous avons depuis plusieurs années partagé avec elle diverses réflexions autour de la question du dépôt légal du web et elle est intervenue plusieurs fois à la BnF sur ces sujets. En novembre dernier, elle a fait partie du comité scientifique des 20 ans d’ archives de l’internet en France. Le compte-rendu et la vidéo de son intervention ont d’ailleurs été publiés ici même le 5 juillet. En juin dernier, elle a aussi évoqué les « Archives du Web et humanités numériques, de la collecte à l’analyse » au Colloque de Cerisy « Des humanités numériques littéraires ? ».

Louise était une chercheuse d’une grande intelligence, curieuse des enjeux de la modernité, avec laquelle il était très agréable de travailler, et aussi une amie pour certain.e.s d’entre nous. Toute l’équipe du dépôt légal du web s’associe à la douleur de sa famille et de ses proches et leur adresse toutes ses condoléances.

Pour se souvenir de Louise Merzeau

On peut consulter  son site personnel et lire les hommages d’Olivier Ertzscheid , de Marcello Vitali-Rosati  ou du collectif Savoirs COM1 , parmi d’autres.

On trouve aussi en ligne de nombreux articles  et vidéos, par exemple « Identité, mémoire, document » (juillet 2013) , les séances du « Webinaire Biens communs numériques » ou encore une série d’entretiens sur la mémoire : « Mémoire, abandon et contrôle »  , « Mémoire et oubli » et « Mémoire, net et vérité » (Archimag, juin 2016).

Au niveau de notre communauté protestante locale, Louise Merzeau a été très active dans le création de notre site, de notre bulletin paroissial et des Causeries de Cozes. Experte en informatique, elle savait résoudre les problèmes si souvent rencontrés dans l’utilisation quotidienne des ordinateurs. Passionnée de photographie et très cultivée, elle a donné, dans le cadre des Causeries de Cozes, trois conférences magnifiquement illustrées : en février 2003 « L’apparition de la photographie au XIXe siècle », en février 2006 « La perspective dans la peinture occidentale, un parcours illustré dans l’histoire de nos images » et en novembre 2009 « De l’argile à l’écran, petite histoire des supports de l’écrit ». Enfin, au temple de Saintes, en avril 2016 « Wikipédia : un modèle de démocratie ».

Louise, qui avait dans ses travaux les plus récents le soucis de la trace et de la mémoire dans internet, restera pour nous tous « une grande dame ».

 

Louise Merzeau a été inhumée au cimetière de Cozes le 20 juillet. Un « Service d’Action de Grâce » sera célébré pour elle au temple de Cozes le samedi 16 septembre

2017, à 15 heures.

 

 

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